
À l’occasion du 8ème Sommet Africités, qui s’est tenu du 20 au 24 novembre 2018 à Marrakech, au Maroc, sous le titre « La Transition vers des Villes et des Territoires Durables, le Rôle des Gouvernements Locaux et Sub-nationaux d’Afrique », les femmes élues locales africaines et européennes ont adopté le Pacte Afrique-Europe de Marrakech pour poursuivre leur collaboration sur l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres en Afrique.
La session « Les stratégies d’égalité des genres et d’inclusion sociale : pour une transition juste de l’Afrique » a été très bien reçue par les participants au Sommet et a rassemblé environ 200 participants, dont notamment de nombreuses femmes élues d’Afrique. La session a été ouverte par la Présidente du REFELA, Célestine Ketcha Courtés, qui a rappelé que « les femmes élues ne sont que 6% en Afrique au niveau local, alors qu’elles sont une moyenne de 23% dans le reste du monde ; de la même manière, elles sont moins de 10% au niveau national », et a appelé à un engagement actif des villes et des gouvernements locaux se « concentrant sur l’Agenda 2030, et particulièrement sur l’ODD 5 sur l’égalité des genres », dans le but de renverser ce phénomène. Elle a également expliqué comment l’Afrique pouvait créer son propre Agenda ou sa propre Charte pour l’Égalité en utilisant la Charte Européenne pour l’Égalité comme une inspiration, et non comme un modèle.
Lisa Bardot du CCRE-CEMR a ensuite présenté la Charte Européenne pour l’Égalité des Femmes et des Hommes dans la Vie Locale qui a été adoptée par plus de 1730 acteurs, villes et gouvernements locaux de 35 pays différents, ainsi que l’Observatoire de cette Charte, qui est un outil visant à identifier les signataires de la Charte, les plans d’action et les bonnes pratiques dans le domaine de l’égalité des genres dans la vie locale, à faciliter les échanges entre les signataires et à encourager le développement de la coopération décentralisée et les projets de jumelage dans ce domaine. Elle a rappelé le besoin d’avoir des critères de normalisation, tels que le contrôle et le suivi des écarts salariaux, l’établissement de quotas, ou l’égalité d’accès aux opportunités.
La Maire de Tunis, Souad Abbderahim, récemment élue et première femme élue maire de la ville depuis plus de 160 ans, a parlé de son expérience dans l’accès à ce poste de haut niveau, et a expliqué à quel point « il est fondamental de reconnaître les réalisations des femmes qui sont à des postes à responsabilité au plus haut niveau, non seulement pour les rendre visibles, mais aussi pour aider les mentalités – encore souvent établies par des hommes - à changer ». Elle a mis en lumière le manque de reconnaissance des contributions faites par les femmes dans la manière de penser, de planifier et de mettre en œuvre les transformations politiques et le développement durable. Elle a également fait référence au fait que « la force, l’action et les capacités des femmes sont encore aujourd’hui à démontrer » et que « le militantisme, la reconnaissance des droits et des libertés, l’implication des hommes, l’action de la société civile et les normes législatives sont des conditions essentielles de l’égalité entre les femmes et les hommes. »
Le public a également joué un rôle clef dans cette session dans la mesure où de nombreux échanges intéressants et constructifs ont eu lieu, avec notamment l’intervention de l’ancienne Cheffe d’État de la République Centre-Africaine, Catherine Samba-Panza, qui a encouragé ses collègues et consœurs à partager et rendre visible leur expérience en tant que dirigeantes, maires et femmes élues, dans le but d’inspirer les générations contemporaines et futures, et de valoriser les perspectives des femmes dans la sphère politique. D’autres questions ont été soulevées, notamment la nécessité de repenser les cadres législatifs dans le but de les rendre sensibles au genre ; l’importance de l’intégration des perspectives de genre, non seulement dans la sphère politique mais également dans les secteurs publics, privés et de la société civile ; et le besoin de donner aux femmes les moyens d’agir, en développant par exemple des systèmes de micro-crédits.
Finalement, le Pacte Afrique-Europe de Marrakech qui vise entre autres à lancer officiellement l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres en Afrique, a été présenté et lu à haute voix par Malika Ghefrane, Conseillère Spéciale du REFELA, à une audience enthousiaste. Dans cette démarche, les participants à la session – intervenants et public – ont décidé par un large consensus, de nommer la charte « Charte Africaine pour l’Égalité Locale », a fait part de contributions supplémentaires sur le document final, et a approuvé son adoption formelle.
En conclusion, l’experte sur l’égalité des genres Sandra Ceciarini, qui a travaillé avec la section européenne et sur sa Charte pour l’Égalité il y a une dizaine d’années, a rappelé plusieurs des principales recommandations structurelles qui devraient être pris en compte dans le développement des activités à venir au sein des villes et des gouvernements locaux d’Afrique au regard de l’égalité des genres. Elle a signalé que « les spécificités de chacune des sections régionales de CGLU font la richesse du réseau, et je demande à l’Afrique de s’approprier véritablement les questions d’égalité des genres afin de développer une Charte africaine unique et inspirée pour l’égalité locale. » Elle a aussi reconnu le travail mené par CGLU en tant qu’organisation mondiale pour la promotion de l’égalité des genres au cours des dernières années, et a appelé à l’engagement actif de chacune des sections régionales de CGLU pour la visibilité des femmes en politique, à tous les niveaux, à travers le monde entier.
Célestine Ketcha Courtés, Présidente du REFELA, a clôturé la session sur les stratégies d’égalité des genres et d’inclusion sociale pour une transition juste de l’Afrique en disant que « nous avons besoin que le plus de femmes possible signent ce pacte, afin de prendre part à ce projet, et d’y contribuer, dans l’objectif de garantir aux prochaines générations de filles et de femmes une place à la table des décisions d’ici l’horizon 2030. »
Au cours des Africités, on a pu assister à davantage de réunions où l'autonomisation des femmes était reflétée dans les décisions de plusieurs assemblées. Ainsi, l'Assemblée du REFELA (Réseau des femmes élues aux collectivités locales africaines), qui s'est tenue le jeudi 22 novembre en présence de nombreuses femmes maires membres du Réseau, a confirmé le renouvellement des organes du REFELA avec l'élection de la présidence.















